Vers un jardin tropical recyclé & autofertile !

« Chronique d’un jardinier composteur à La Réunion »

Le jardin tropical est par définition très productif en biomasse. Nos conditions climatiques, la chaleur de nos étés et les précipitations abondantes de la saison des pluies ont pour conséquences une croissance fulgurante et rapide du végétal à la saison cyclonique.
Les propriétaires de jardin en font chaque année l’expérience, la végétation, et notamment le gazon, s’arrête de pousser entre le mois de mai, début de l’hiver austral, et le mois de décembre, qui marque le début de la saison des pluies.

 

Pourquoi il est important de recycler les déchets verts de son jardin ?

Les déchets du jardin sont constitués de matières organiques qui participent à nourrir les autres plantes une fois recyclés et valorisés dans un cycle naturel d’enrichissement de l’écosystème. Il suffit d’observer comment fonctionne la nature et la forêt, qui recyclent en permanence les feuilles mortes pour les transformer, avec l’aide des champignons, des bactéries et de la microfaune locale en un humus riche et vivant, véritable engrais nourricier pour les arbres, et autres végétaux.

Il suffit d’observer les montagnes de déchets verts qui se retrouvent sur le bord du chemin pour s’en rendre compte : la gestion des déchets verts peu être problématique pour les propriétaires de jardins, les voisins et celle-ci coute très cher en collecte et en traitement par la collectivité.

 

3 astuces pour recycler ses déchets verts

La tondeuse-broyeuse

Peu de gens le savent, mais la tondeuse est capable de broyer l’essentiel de nos déchets verts. Il suffit de faire un tas par terre et de passer plusieurs fois dessus avec la tondeuse. 80% des tailles de haies, feuilles, arbustes et autres végétaux peuvent ainsi être découpés en petits morceaux et former un paillage à étaler au pied des arbres ou au potager. Ce mulch nourrira les micro-organismes et les lombrics qui se chargeront d’aérer la terre pour mieux la structurer et la fertiliser, le tout gratuitement.

La « haie sèche » ou « haie morte »

La « haie sèche » ou « haie morte », est une forme de clôture très ancienne. Le principe est simple. Il suffit de planter 2 rangées de piquets espacés d’un mètre et posés en quinconce. L’idéal est d’utiliser une essence locale imputrescible comme le cryptomeria. L’espace entre deux rangées est de 50 à 80 cm. La hauteur est variable en fonction des besoins. Le grand avantage de cette technique est qu’elle permet de recycler les palmes de palmiers qui constituent une grande partie des déchets verts à la réunion. D’autant que le broyage de celles-ci est problématique, risquant de « bourrer » et bloquer le broyeur.

La gestion différenciée

C’est une technique de gestion des jardins et espaces verts plus respectueuse de l’environnement, écologique, et qui s’adapte à l’usage des lieux. En résumé dans un jardin, cela consiste à ne tondre que les espaces utilisés régulièrement pour laisser la végétation pousser ailleurs. Attention à ne pas vous laisser submerger par les lianes et autres plantes grimpantes qui peuvent être très envahissantes.

Les avantages du jardin recyclé & autofertile :

  • Des plantes vigoureuses et un sol riche, autofertile ;
  • Un lieu d’accueil pour la biodiversité locale (oiseaux, reptiles, mammifères, etc.) ;
  • Des coûts limités (moins d’intrants, moins de temps de gestion, suppression de la collecte ou des trajets en déchetterie) ;
  • Une résilience forte face aux épisodes de sécheresse ;
  • Une grande perméabilité et capacité de rétention d’eau des sols vivants ;
  • Moins de travail et plus de plaisir ;

    Laurent Dennemont [Angraecum] est Maître-Composteur (©ADEME). Passionné du vivant, il est le co-fondateur de la première microferme urbaine pédagogique de La Réunion avec Luca Piccin et y propose des formations à l’agroécologie et au jardinage naturel. Président du « Réseau Compost Citoyen La Réunion », il développe et offre des solutions de gestion de proximité des biodéchets en vue d’un retour à la terre. Initiateur du centre de formation « Les Tisserands », il travaille sur les domaines de la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’agriculture urbaine, l’alimentation durable, l’économie circulaire, la transition écologique et la bioéconomie.